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Le pèket du curé

Le pèket du curé 1

 

Cliché DOC002

Cette aventure se passa vers les années 1935-1936, à la cure de Presles où, pour lors, était curé l'abbé Georges FRERE.

Voulant arranger et nettoyer son grand jardin, le curé songea à faire travailler deux de ses paroissiens. C'étaient de braves et honnêtes travailleurs en qui on pouvait avoir toute confiance pour un travail bien fait.

L'abbé devant s'absenter de la cure pour des raisons professionnelles, après avoir conduit les deux hommes sur l'ouvrage, recommanda à sa maman qui était sa ménagère, de bien rafraîchir de péket ses deux ouvriers.

On savait que le curé avait une bonne cave et les deux hommes escomptaient bien boire un bon verre au cours de leur travail.

Travaillant de bon cœur et d'arrache-pied, les deux ouvriers virent bientôt la bonne dame arriver avec les verres et la bouteille. Faisant une pause, un verre fut servi et vite vidé, un second était versé et bu aussitôt en parlant du temps. Se remettant à l'ouvrage, ils se regardèrent mais ne dirent rien.

Après une heure de travail, la maman de l'abbé s'en vint de nouveau les rafraîchir. Le péket fut bu comme la première fois tout en conversant de choses et d'autres.

Au cours de leur ouvrage, ils se regardèrent et l'un d'eux dit : « Bén, pou dou pèket d'curé, i n'èst né bén fwârt, pourtant, lès curés savenut bén bwâre » (Bien, pour du péket de curé, il n'est pas très fort ; pourtant les curés savent bien boire).

« Oyî, dit son camarade, i n'èst nén fèl du tout » (Oui, dit son camarade, il n'est pas fort du tout !)

L'horloge du Temps tournait, le bêchage et le nettoyage se faisaient rondement, la maman du curé venant encore les rafraîchir. N'osant pas refuser le verre qu'elle servait, l'un des deux travailleurs, timidement fit remarquer que le genièvre de son fils de curé était bien doux, qu'il en faudrait plusieurs bouteilles comme celle qu'elle tenait pour être saoul.

Riant de part et autre de cette boutade, la bonne dame s'en retourna à sa cuisine, les deux hommes reprenant leur travail.

L'heure de midi approchait, l'abbé rentra de sa course et s'en vint à son jardin voir l'ouvrage de ses deux paroissiens.

Content du travail et s'informant s'ils avaient été bien rafraîchis, les deux hommes, en chœur lui répondirent : « Pou çoula, oyî, Mossieû l'curé, mins vosse pèket i n'èst nén fwârt du tout, c'èst come dèl euwe » (Pour ça, oui, Monsieur le curé, mais votre péket n'est pas fort du tout, c'est comme de l'eau). Le curé FRERE, stupéfait de cette réponse, s'en fut voir ce que sa mère avait bien pu servir à ses ouvriers.

L'abbé avait l'habitude de déposer contre le mur d'une pièce attenant à son bureau des bouteilles de diverses liqueurs, pour les avoir sous la main et servir à l'occasion un verre quand un ami ou un paroissien venait à la cure. Tout s'expliqua lorsque sa servante de maman lui montra la bouteille dont elle s'était servie pour rafraîchir les deux hommes travaillant au jardin. Le curé jubila et rit pour de bon en voyant une bouteille étrangère parmi les siennes.

Ce matin-là, le chanoine CERFAUX était venu faire sa messe à l'église, repassant par la cure, il déposait près des bouteilles du curé, un flacon d'eau bénite qu'il oubliait à son départ. La maman de l'abbé qui ne s'était aperçue de rien avait cru bien faire en servant de cette bouteille de liqueur claire comme le péket, pour rafraîchir les deux travailleurs.

L'épilogue de cette aventure se termina par un rire général et, de bon cœur, le curé FRERE y alla d'une bonne bouteille de sa cave qui fut bue comme un régal.

Les deux paroissiens rirent beaucoup de cette mésaventure en pensant qu'ils avaient été plusieurs fois rebaptisés par la maman, servante du curé.

Cliché DOC002

L'abbé FRERE ne consigna pas dans ses registres paroissiaux les baptêmes extraordinaires de ses deux paroissiens, nommés A…. P…. et C…. A…., et pour cause, nous en savons la raison.

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1 Publié en 1981 in Il était une fois…

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