Outils personnels

Loria

Loria 1



Dans notre village, il y a des lieudits, dénommés les Vieux Sarts et les Sarts.

Ces dénominations sont dues à des défrichements du terrain. L’essartage donna des essarts (terrains défrichés) qui procurèrent à la commune des terrains communaux.

Ceux-ci furent mis en location à des petites gens désireuses d’améliorer leur sort en cultivant un lopin de terre.

Chaque année avait lieu la « passèye dès saurts » au plus offrant. Cette coutume de « r’passer lès saurts » tomba en désuétude, si bien qu’en 1930, un particulier pouvait louer directe­ment à la Commune une portion de plus ou moins un are pour deux francs.

Certains ne cultivèrent plus le terrain, se contentant de laisser pousser l’herbe pour faire paître des moutons ou des chèvres. Tel était le cas de notre cousin « Colas dèl Rochelle » qui faisait pâturer ses « bèdos » (moutons) et de notre autre cousin Julien MOLLET« champète dou viladje » qui s’obstinait à cultiver un are ou deux de terrain et montait « dès berwètées d’ansène » (du fumier) pour améliorer le terrain et avoir une bonne récolte.

Mais, au siècle dernier, il n’en était pas ainsi car nous avons pu relever qu’une bonne trentaine de particuliers cultivaient les terrains communaux des Sarts et ceux des Vieux Sarts, ceux-ci étant de nos jours occupés par des maisons modernes, ce qui a augmenté la surface bâtie.

C’est ainsi que Loria, comme tant d’autres de ses concitoyens, loua une portion sur les Sarts.

Voyons donc qui était Loria qui habita une maison sise sur la place communale ?

Au XVIIIe siècle, ses ascendants résidaient à Aiseau, sous le nom de Lorau-Loriau – puis LORIAUX.

L’un des descendants nommé Philippe vint s’installer à Roselies, qui était pour lors un hameau ou une dépendance de Presles. Il y fondera une famille qui œuvrera dans le métier de plafonneur.

Plus tard, l’un des représentants de cette famille LORIAUX quittera le hameau pour s’installer à Presles-Village. Il s’appelait Joseph LORIAUX, la population le dénomma Loria.

Marié à Rosa DUMONT, ils eurent de leur mariage au début du siècle deux enfants : Victor et Nelly ; ceux-ci seront aussi désignés par la population comme étant « lès èfants Loria ».

Loria, de par sa profession, n’était qu’un manouvrier, plus blanchisseur que plafonneur. De notoriété publique, il aimait le cabaret et la goutte de péket. Le travail ne l’attirait guère, juste tout ce qu’il fallait pour subsister, lui et sa famille.

Les villageois considéraient leur concitoyen comme un homme peu vaillant et paresseux.

Or donc, Loria ayant pris en louage une portion des Sarts, il s’agissait de travailler le terrain pour en tirer un profit pas toujours appréciable dans ces terrains de médiocre qualité.

Nous en avons été témoin, en voyant certains villageois chercher par toutes sortes de moyens d’amendements, d’avoir un rendement plus conséquent de leurs cultures, tant les terrains sont pauvres.

Ayant donc retourné son lopin de terre, Loria se décida le jour venu d’aller planter ses « cana­das ». Ayant rempli un panier de plants, ses outils sur l’épaule, il s’en alla sur les Sarts.

Par le sentier qui y conduisait alors, (encore maintenant, octobre 1981), la montée vers les Sarts est rude et dure pour celui qui devait s’y rendre, d’autant plus s’il est chargé d’outils et de denrées.

Arrivé tant bien que mal à son lopin de terre, Loria songea d’abord à souffler et à se reposer un peu avant d’entreprendre sa plantation de pommes de terre.

Là-haut, sur la colline des Sarts, l’air pur et le calme règnent en maîtres. Notre bonhomme, étendu à même le sol dans les beautés et les senteurs de la nature, n’entendant plus que le chant des oiseaux et le bruissement des insectes, ne tarda pas à s’endormir.

Après quelques heures, la journée déjà à son déclin, Loria s’éveilla brusquement, stupéfait de se trouver là. S’étant frotté les yeux, sa vue le ramena à la réalité en voyant son panier de plants toujours en place.

N’écoutant que sa conscience, il prit son courage à deux mains, ses outils, pour faire sa plantation de « canadas ».

De sa houe, sur le terrain il fit un large trou, dans lequel il versa tout son panier de plants, et de son « restia » (râteau), les couvrit de terre.

Cela fait, il descendit au village pour regagner son logis, satisfait de son ouvrage.

De passage au cabaret du « Tchaurlî » (charron BLAMPAIN), buvant sa goutte, il prit à témoin les pratiques, se vantant d’avoir fait en cet après-midi un fameux travail.

Lorsque les plants de ses voisins se mirent à lever, les villageois s’étonnèrent de ne pas voir ceux de Loria.

Mais un jour, au centre du terrain, un rond de verdure se dessina, les plants de pommes de terre, pressés les uns contre les autres, cherchaient à se créer un passage, les plus forts s’effilant pour survivre au détriment des plus faibles.

Les villageois comprirent le fameux travail que Loria avait fait lors de sa plantation.

Comme d’habitude, on rit, on se moqua du bonhomme et c’est ainsi que les « canadas » de Loria passèrent dans la petite histoire locale.

 

Actions sur le document