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Hommage à Monsieur BANCU

Hommage à Monsieur BANCU 1



 DOC045

(Gazette de Charleroi, le 19 novembre 1908)

Une simple mais touchante manifestation de sympathie avait lieu il y a quelques jours dans la cour de l’école communale de Presles. Les jeunes élèves de M. BANCU, instituteur de la localité depuis 41 ans, faisaient leurs adieux à leur regretté maître, qui après une carrière si longue et si bien remplie, prend sa retraite. Les petits enfants par une délicate attention, chose rare pour leur âge, ont voulu offrir à leur maître un magnifique fauteuil. L’un d’eux a lu une adresse conçue en termes affectueux.

Dimanche, 15 courant, c’étaient musique en tête, les grands jeunes gens et toute la popula­tion du village qui, à leur tour, venaient rendre un éclatant hommage à M. BANCU. Ici, encore l’émotion a gagné les cœurs, bien des larmes ont coulé. Pour montrer l’esprit, la raison d’être de cette démonstration, nous ne pouvons mieux faire qu’en reproduisant le discours prononcé par M. Aimé SANDRON, fils, un ancien de l’école.

« Monsieur et Cher Maître,

« Il y a quelques mois, nous fêtions un élève d’élite 1, aujourd’hui, nous nous réunissons pour honorer notre instituteur.

« L’écho de votre départ retentissant partout dans notre petit village est parvenu jusqu’à nous, vos anciens élèves. Votre retraite fait l’objet de toutes les conversations ; de toutes les bou­ches, on entend : « M. Bancu va nous quitter ».

« Vos anciens élèves saisissent cette occasion pour venir vous exprimer leur reconnais­sance, et ce n’est pas sans émotion que j’ai accepté de vous parler en leur nom.

« Votre retraite sans doute bien méritée, arrive cependant trop tôt cher Maître. Encore quelques années et vous auriez passé près d’un demi siècle avec nous ; chose rare et précisé­ment digne de remarque.

« Pendant ces nombreuses années, vous avez guidé notre jeunesse, vous avez formé notre esprit et notre cœur ; tout entier vous vous êtes dévoué à l’éducation de près de 3 généra­tions.

« Homme d’esprit et de cœur, votre bonté, votre sollicitude, votre zèle, étaient constants pour les enfants confiés à vos bons soins. Votre serviabilité et votre amabilité sont bien connues. Combien de nous ici présents pourraient vous remercier des services rendus en dehors des choses d’école. Comme instituteur, des voix plus autorisées que la nôtre savent vous apprécier ; mais s’il nous est permis de dire quelque chose ; nous n’hésiterons pas à affirmer que la commune de Presles possédait en vous un instituteur digne, correct en toutes circonstances et respecté. Nous savons aussi et nous nous en faisons l’honneur de le déclarer hautement, que vous saviez tenir une place distinguée dans les réunions avec vos collègues, dans les conférences et autres.

« En témoignage de vos capacités, nous pourrions ici vous rappeler les nombreux succès remportés par vos élèves aux divers concours et examens.

« Grâce au travail assidu d’un maître dévoué autant qu’éclairé, l’école de Presles, malgré sa mince population, a toujours tenu une place honorable parmi les écoles du canton.

« Votre tâche cependant n’était pas toujours facile : nous le reconnaissons aujourd’hui, nous dont la plupart avons des enfants à élever, nous avons compris votre lourde et difficile besogne. C’est pourquoi, si nous vous avons fait de la peine, nous vous en demandons mille par­dons ; nous étions inconscients ; et si vous nous avez punis et châtiés de n’importe quelle façon, nous vous en remercions maintenant que nous sommes devenus des hommes et que nous pou­vons comprendre que vous poursuiviez en tout notre bien.

« Aussi, tous ici rassemblés, unanimement, nous vous remercions très sincèrement des soins que vous n’avez jamais cessé de prodiguer à ceux qui ont passé par votre école. Soyez persuadé que nous vous estimons comme un second père et que nous vous gardons une recon­naissance sans fin.

« Comme faible gage de cette gratitude éternelle, daigner accepter, cher Maître, ce modes­te cadeau que vous offrent de grand cœur vos élèves reconnaissants.

« Nous savons combien cela vous coûte de quitter Presles, mais en retour, vous ne savez pas combien votre départ nous touche et nous navre le cœur.

« Vous êtes arrivé heureux et bien portant à l’heure du repos si bien mérité et gagné sous les chaires abrutissantes de l’enseignement. Aussi, formons nous les vœux les plus sincères pour que pendant de nombreuses années encore, vous puissiez jouir de votre retraite que nous vous souhaitons du fond du cœur, paisible, douce et heureuse.

« Nous ne vous disons pas adieu, mais au revoir, vous priant de nous garder votre affec­tion malgré notre séparation. Nous espérons bien que vous reviendrez souvent dans ce cher petit coin où vous avez passé votre vie active : c’est avec le plus grand plaisir que nous vous y rece­vrons et que nous vous saluons.

« Cher Maître, au revoir ; croyez bien que votre souvenir reste à jamais gravé dans notre mémoire et que vos enfants de Presles ne sont pas des ingrats.

« Vive notre cher Maître, Vive M. Bancu. »

 

1 Ndlr : Lucien CERFAUX, ordonné prêtre en 1908.

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